[Chronique] Contre toute attente de Linwood Barclay

contre toute attente

Fiche technique du livre
Auteur : Linwood Barclay
Genre : Polar
Année d’édition : 2012 (VF)
Edition : France Loisirs / J’ai Lu
Prix : 8€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 581 pages

Synopsis
En enquêtant sur la mort de sa femme, un père de famille lève le voile sur les secrets bien gardés d’une petite ville en apparence tranquille.

La femme de Glen Garber vient de mourir dans un accident de voiture. Selon la police, Sheila était ivre morte. Pour son mari, c’est impossible : Sheila ne buvait pas. Alors, que s’est-il vraiment passé ?
Bientôt, un nouveau drame frappe de plein fouet une autre famille du quartier. Hasard ou coïncidence ? Que se passe-t-il dans cette banlieue si paisible ? Sheila s’est-elle embarquée dans un jeu dangereux ? Glen va tout faire pour le savoir, pour sa femme, mais aussi pour leur fille Kelly, huit ans.
Mais à vouloir découvrir ce qui se trame derrière les portes closes, il va vite devenir gênant …

Mon avis
Voilà un polar qui traînait depuis quelques temps dans ma PAL ! Second livre que je découvre de l’auteur après Les voisins d’à côté, confirme-t-il son potentiel ?

   Tout d’abord, il convient de bien placer les choses dans leur contexte. Clairement, Contre toute attente est un polar, se rapprochant bien plus de l’enquête policière et du roman que du thriller. Ne cherchez pas le grand frisson ou le gore ici, vous ne le trouverez pas. Cela ne signifie pas pour autant que le récit est dénué de qualités, elles sont juste situées ailleurs.

   Le cœur de l’intrigue réside dans l’accident de voiture qui a causé la mort de Sheila, la femme de Glen Garber, le héros de ce livre. Juste avant, on nous présentait Sheila et Glen comme un couple où tout semblait rouler, malgré quelques petits problèmes par ci par là, et quelques pages plus tard, elle est retrouvée ivre, à contresens, sur l’autoroute. En plus de causer sa mort, son accident entraîne la mort de deux innocents de Milford, ville où se situe l’action. Qu’a-t-il donc bien pu se passer ? Pourquoi Sheila, qui n’a jamais été alcoolique, se retrouve à commettre quelque chose de ce genre ? Glen se sent abandonné et en colère, frustré de ne pas reconnaître en cet acte la femme qui a partagé sa vie pendant autant d’années. Peu de temps après, un second drame survient, différent cette fois… Et le doute s’installe.

   Au fur et à mesure de l’avancée dans l’intrigue, l’auteur prend le soin de développer l’environnement de Sheila, de Glen et de la ville de Milford. On réalise vite que Glen ne connaît pas si bien ses fréquentations… Les personnages imaginés par l’auteur sont nombreux et surtout intéressants. Bien distincts des uns des autres, ils sont suffisamment approfondis pour qu’on ait le sentiment de les connaître à la fin du récit et ont tous une personnalité unique et accrocheuse. Autre élément que j’ai apprécié : ils ont tous un rôle et une utilité bien précise lors du récit. Je n’ai pas eu le sentiment d’un quelconque remplissage, et c’est vraiment rare dans ce genre de lecture. De plus, le héros est à mon sens parfait pour l’intrigue. Il possède quelques défauts certes, mais aussi pas mal de qualités. Il est ordinaire sans pour autant être creux. La plupart de ses actions et réactions (sa volonté d’en apprendre plus, ses moments d’impulsivité) sont sensées et crédibles, ce qui en fait un personnage agréable à suivre et attachant. C’est donc du tout bon de ce côté là.

   Le rythme est plutôt bien mené, les évènements s’enchaînent et les rebondissements sont omniprésents. De la première à la dernière page, je n’ai jamais vraiment eu le temps de m’ennuyer, trop occupé que j’étais à vouloir découvrir la suite et à établir de multiples théories et autres hypothèses sur les aboutissants de ce récit. Il faut dire que Linwood Barclay offre matière à débat. Entre les divers drames et magouilles de chaque personnage, la paranoïa s’immisce doucement dans nos esprits et j’ai fini par suspecter quasiment tout le monde ! Les affaires s’entrecroisent et l’envie de résoudre le mystère est dévorante. Malgré certains indices assez gros, j’ai tout de même été plutôt surpris par le dénouement final que j’ai apprécié. Dans l’ensemble, l’intrigue m’a beaucoup plu. J’ai apprécié cet angle d’approche où l’une des questions majeures est finalement : y a-t-il vraiment eu un crime ? Cela créé une perspective différente des autres polars et permet d’instiller un doute jusqu’au bout. Au final, il manque au titre juste deux, trois, évènements complètement dingues, capable de me retourner le cerveau, pour se différencier de la masse et me marquer pour lui offrir une place parmi les meilleurs titres que j’ai lu du genre.

    En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture avec cette seconde découverte de Linwood Barclay. Sans temps mort, rempli de rebondissements, de mystères et de révélations bien trouvées, l’intrigue a su me happer dès les premières pages et amener moult réflexions et hypothèses quant au final et à la fameuse existence d’un coupable ou non. Peuplé de personnages intéressants et crédibles, dont un petit coup de cœur pour ce père de famille si attachant, j’ai pris beaucoup de plaisir à démêler les secrets liant les habitants de Milford. Dommage toutefois que, comme Les voisins d’à côté d’ailleurs, Linwood Barclay se contente de proposer du très efficace sans chercher à bousculer les codes où à réellement marquer le lecteur. Reste un bon moment de lecture, et c’est déjà pas mal.

Ma note : 16/20

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[Chronique] Maîtres du jeu de Karine Giébel

maitres du jeu

Fiche technique du livre
Auteur : Karine Giébel
Genre : Thriller
Année d’édition : 2013
Edition : Pocket
Prix : 2,90 euros TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 125 pages

Synopsis
Il y a des crimes parfaits.
Il y a des meurtres gratuits.
Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout : elle s insinue, elle vous étouffe… Pour lui, c’est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D où viendra le coup fatal ? De l ami ? De l amant ? De cet inconnu à l air inoffensif ? D outre-tombe, peut-être…

Ce recueil comprend les nouvelles Post-mortem et J’aime votre peur.

Mon avis
Voilà un moment que je souhaitais découvrir l’univers de Karine Giébel. Lui préférant finalement toujours autre chose, la sortie de ce recueil tombait à pic pour se faire un avis sans investir trop de temps. Une bonne idée ?

   Pour résumer, en quelques mots, Post Mortem nous place dans la peau d’une star, une vedette française du cinéma du nom de Morgane. Elle hérite un beau jour d’une maison d’un fan qu’elle ne connaissait pas, Aubin. Très vite, sa décision de partir la visiter avec son mari est prise, et c’est ainsi qu’ensemble, ils partent pour l’Ardèche… Je vous laisse imaginer la suite ! La seconde, J’aime votre peur, est plus classique dans son intrigue, nous plaçant en plein cœur d’un voyage scolaire où une prise d’otage aura lieu. Mais qui est le fou et que veut-il ?

   Autant le dire de suite, j’ai beaucoup apprécié découvrir l’univers de Karine Giébel par le biais de ces nouvelles. Un univers oppressant, froid, qui ne fait aucun cadeau et surprend jusqu’au bout. Post Mortem est un véritable coup de cœur. On sort grandement des chantiers battus pour se retrouver manipuler comme rarement. Jusqu’à la dernière ligne, j’ai été secoué par les rebondissements impensables. 70 petites pages, et pourtant une claque monumentale qui restera marquée dans mon esprit pour très longtemps.
La seconde nouvelle n’est pas en reste, mais je dois avouer que passer après Post Mortem est vraiment difficile. Je lui ai trouvé dans l’ensemble un goût de moins bien, même si là aussi j’ai été surpris par le dénouement final, ainsi que la manière dont l’auteure joue avec nos nerfs. On a de cesse de se demander qui est ce fameux fou, cette bombe à retardement vivante prête à exploser. Un démarrage plus long et plus ordinaire donc, mais une tension qui monte rapidement d’un cran pour ne me laisser souffler qu’une fois la dernière ligne lue.

   Quoi qu’il en soit, l’une comme l’autre bénéficie d’un style fluide, collant parfaitement à ces intrigues courtes et vives. On est projeté dans le vif du sujet et je savoure la plume passionnée de Karine, qui sait choisir ses mots pour toucher, sensibiliser. Imaginative, intelligente, certains passages sont un vrai régal :

Enfin, il se réveille, s’étire, la contemple en souriant.
Ce fameux sourire.
Qui a séduit tant de proies.
_ J’ai faim.
Premières paroles.
Un prédateur a toujours faim.

   Au rayon des reproches, car il en faut bien un, je pense que Maîtres du jeu aurait gagné à être enrichi d’un court mot de l’auteur. En grand curieux que je suis, j’aurais apprécié découvrir pourquoi elle se lançait dans les nouvelles, ou son but en les écrivant, elle qui a déjà une plutôt longue carrière jusque là et qui n’hésite pas à écrire des livres allant jusqu’à 700-800 pages.

   Enfin, chose que je fais rarement, je tiens à remercier les éditions Pocket pour avoir publié ce très intéressant ouvrage à seulement 2,90€ TTC. Vous me direz : « mais il n’y a que 125 pages ! ». Certes. Mais si on compare ce recueil à des livres de 200 pages vendus 8,50€ (et je ne vais pas aborder le cas Pygmalion, ce serait trop facile), il faut reconnaître et encourager l’effort qui a été fait. J’espère que l’on aura d’autres recueils du genre et tout aussi bon cette année.

   En conclusion, cette découverte de l’auteure par le biais de ces deux nouvelles était une excellente idée. Karine Giébel frappe fort, exploite les sentiments et le machiavélisme des psychopathes à merveille. Courtes, en effet, mais tellement bien conçues qu’elles sont idéales pour frémir le temps d’une pause entre deux lectures conséquentes. Réussissant parfaitement l’exercice de l’écriture de nouvelles en proposant des intrigues poignantes, au rythme dynamique, accrocheur et aux personnages suffisamment développés pour plaire, l’auteure va jusqu’à m’offrir un joli coup de cœur littéraire avec Post Mortem. Que vous soyez amateurs de polar, de l’auteure, souhaitant la découvrir ou tout simplement recherchant un petit plaisir glacial avec ces deux nouvelles pleines de frissons, vous l’aurez compris, Maîtres du jeu est fait pour vous.

Ma note : 17/20

[Chronique] Un Noël à River Falls de Alexis Aubenque

un noel a river falls

Fiche technique du livre
Auteur : Alexis Aubenque
Genre : Thriller
Année d’édition : 2010
Edition : Le livre de poche / Calmann Lévy
Prix : 7,50 euros TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 572 pages

Synopsis
Alors que la petite ville de River Falls s’apprête à célébrer Noël, un drame vient raviver le souvenir des horreurs du passé : un adolescent est retrouvé mort dans une cabane au fond des bois, d’où un autre a réussi à s’échapper. Ont-ils été la cible d’un pervers sexuel ? S’agit-il d’une vengeance exercée contre le défunt, qui avait agressé un homosexuel ? Le survivant est issu d’une communauté religieuse installée dans un domaine ayant appartenu à un meurtrier en série. Simple hasard ?

Afin d’identifier l’auteur de ce crime, le shérif Mike Logan devra plus que jamais se méfier des apparences. Aidé de sa compagne, la profileuse Jessica Hurley, saura-t-il se défaire des idées préconçues sur les « monstres » qui nous entourent ?

Mon avis
Troisième volet de la saga River Falls initiée par le thriller 7 jours à River Falls, Alexis Aubenque nous propose un nouveau drame, au coeur d’une nouvelle saison…

   Un chauffeur de poids-lourd, un matin d’hiver. Un jeune homme affolé qui surgit sans prévenir des bois. Un accident inévitable, quasi mortel. Un corps d’un garçon de bonne famille retrouvé non loin… River Falls semble à nouveau tout près du désastre. Existe-t-il un lien entre ces adolescents ? Que s’est-il réellement passé, et surtout, qui est l’auteur de ce crime ? Des questions de taille, qui vont nous accompagner sur presque 600 pages.

   En tant que lecteur, Un noël à River Falls m’a dérouté au plus haut point. Durant la première grande partie du livre, j’ai trouvé l’ensemble tout simplement mauvais, médiocre et vraiment pas inspiré. On démarre avec une intrigue contenant tout ce qui a de déjà vu et aucune surprise ne semble se profiler… C’est de plus très prévisible, et en toute franchise, je pouvais déjà vous décrire les grandes lignes des 100 pages à venir. Un défaut que je considère absolument fâcheux tant j’attends du genre du thriller le summum de la surprise. Malheureusement, ma déception ne s’est pas arrêtée là… L’auteur sabote les autres éléments constitutifs de son récit en abusant gravement de clichés bidons sur les États-Unis et en affublant ses personnages de rôles inintéressants et horriblement limités. Sincèrement, j’étais tellement agacé que je comptais fortement stopper ma lecture. Agacé aussi car je sais qu’Alexis Aubenque dispose d’un certain potentiel à me distraire  -sans jamais tutoyer les ténors du genre- qu’il peut m’accrocher comme ce fut le cas lors de mes lectures des deux précédents tomes.

   Et c’est ce qui se produisit, d’où ma confusion grandissante. Au fur et à mesure de l’avancée de son récit, j’ai eu le sentiment que l’auteur se libérait, décidait de prendre les choses en main et de monter le niveau d’un cran. A compter des alentours de la 340ème page, c’est presque comme si une nouvelle personne s’était mise à l’écriture. Les personnages gagnent enfin en intérêt ; l’intrigue, bien que toujours aussi peu rythmée et hasardeuse (difficile de prévoir vers quoi on va se tourner), se met à surprendre et propose même quelques idées bienvenues jusqu’à m’emporter dans sa danse, et ce jusqu’au final que j’attendais avec impatience. Pourtant tout bonnement impensable au premier abord, la fin m’a beaucoup plu et j’ai même eu le droit à quelques frissons que procure le genre habituellement ! L’épilogue, volontairement très ouvert, m’encourage  même à lire la suite, ayant attisé ma curiosité.

   Car oui, avec Monsieur Aubenque, il faut s’accrocher. Le plaisir ne se révèle qu’après une longue attente. Par chance, la fluidité de sa plume est intacte et fait des merveilles. Sans être particulièrement jolie ou même recherchée, elle sait aller à l’essentiel et permet de faire défiler aisément les pages tout en écourtant les passages contenant des temps morts. Un bon point qui m’a aidé à passer outre de nombreux défauts, en particulier les discussions et autres descriptions de nos chers personnages. Je me dois d’aborder le cas du shérif Logan. C’est probablement l’un des personnages de littérature que j’apprécie le moins, juste ça. Professionnellement je me demande encore comment il peut être shérif. Déjà auteur de sacrées bourdes, il n’a pas l’air d’avoir gagné en réflexion ou en subtilité… À mon grand dam. Sa personnalité est toujours aussi creuse, aucune évolution ne se dessine. Quand je repense à la manière dont il traite la première partie de l’enquête, c’est juste ridicule. À croire que sans Hurley, il n’est rien. Heureusement que cette dernière remonte le niveau, tout comme sa copine et la gourou de cette chère secte, dont les réactions m’ont particulièrement amusé.

   Quelques mots sur le thème qui mérite d’être souligné tant son traitement est appréciable. Ainsi le thriller offre une certaine réflexion intéressante sur la différence et les choix, qu’il s’agisse de religion ou d’orientation sexuelle. Ces thèmes sont rarement abordés et je craignais que ce soit à la hauteur du reste : plein de clichés et avec peu de profondeur. Contre toute attente, Monsieur Aubenque m’a ravi par le traitement offert et la justesse de ses propos, en répercutant intelligemment ses convictions dans son intrigue. Les questionnements ne manquent donc pas : Faut-il redouter l’étrange communauté religieuse reculée au fin fond de la ville ? Les pédophiles sont-ils des homosexuels ? A l’heure des manifestations pour tous et autres guerres de religions, je ne peux qu’applaudir cette ouverture d’esprit.

   En conclusion, Un Noël à River Falls est une semi-déception. Clairement, il ne faut surtout pas s’attendre au thriller du siècle car c’est loin d’être un bon prétendant au podium. Si l’on sait passer outre ses très gros défauts, de ses clichés trop nombreux à son intrigue molle et à la première grande partie prévisible et agaçante, le charme peut tout de même opérer et notre patience sera récompensée par une deuxième partie bien plus accrocheuse et même surprenante à bien des égards. Toutefois, je regrette que de tels défauts existent encore dans un troisième tome d’une saga, là où j’attends une certaine maîtrise de l’œuvre et de son univers. Je tiens à souligner le bon traitement du thème choisi et je conserve une pointe de confiance pour la suite, en espérant être moins déçu.

Ma note : 12/20

[Chronique] Intrusions de Joy Fielding

intrusions de joy fielding

Fiche technique du livre
Auteur : Joy Fielding
Genre : Polar / Thriller
Année d’édition : 2003 (VF)
Edition : France Loisirs
Prix : 16,90 euros TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 398 pages

Synopsis
Echaudée par une mauvaise expérience avec sa précédente locataire, partie en pleine nuit avec plusieurs mois de loyers impayés, Terry hésite à louer à nouveau le cottage au fond du jardin.
Mais lorsque Alison, si gentille et si drôle, se présente à elle, ses réticences s’envolent en une seconde.
Une profonde amitié commence à se nouer entre les deux femmes, mais peu à peu les doutes et les soupçons assaillent Terry.
Alison est-elle la personne douce et innocente qu’elle prétend être, et sa présence auprès de Terry est elle vraiment le fruit du hasard ?

Mon avis
Après m’avoir charmé avec le très sympathique Rue des mensonges, l’envie de tenter un nouveau roman de Joy Fielding a toujours été présente. Une bonne idée ?

   De nature gentille et toujours disponible lorsqu’il s’agit d’aider les autres, Terry est infirmière dans le même hôpital de la ville de Delray, Floride depuis des années. S’occupant principalement des personnes âgées, Terry est appréciée autant par les patients que ses collègues. Mais dans sa vie personnelle, célibataire depuis un moment, vivant dans l’ancienne maison de sa mère tyrannique, elle se sent bien seule. C’est pourquoi elle se décide à louer à nouveau son pavillon, malgré une mauvaise expérience avec la précédente locataire. Quand Alison arrive, elle ne peut que tomber sous le charme. Jeune, pleine de vie, si attentionnée, Terry craque pour cette locataire avec laquelle elle lie une amitié, peut-être trop rapidement. Progressivement pourtant, le doute s’installe quant à l’apparition de cette fille dans sa vie… Ne l’aurait-elle pas choisie ?

   Intrusions est l’un de ces polars où la clé de voûte réside dans son twist scénaristique, basée sur sa douce et subtile montée en puissance pour exploser dans un second temps. Écrit dès les premières pages de manière à immiscer le doute dans les esprits, la curiosité nous pousse à faire défiler les pages et ce jusqu’au dénouement.
L’ambiance et le rythme sont plutôt légers la première moitié du livre et je dirais même que c’était parfois assez long et quelque peu girlish à mon goût. Un aspect parfois mièvre s’installe rapidement, en particulier lors des discussions entre les deux héroïnes, et j’ai dénoté des répétitions dans les pensées ou actions des personnages un peu agaçantes. Toutefois, on sent que ce long démarrage est volontaire voire nécessaire pour tisser la toile dans laquelle on va être projeté. C’est écrit de sorte à ce que l’on s’interroge, qu’on analyse les phrases des protagonistes, qu’on cherche la petite bête. D’ailleurs, dès le départ, Joy Fielding nous fait comprendre que quelque chose ne va pas, qu’il y a peut-être des questions à se poser, et que la fin ne sera pas heureuse. Un mal pour un bien en soit.

Survient ensuite ce que j’attendais avec impatience : l’arrivée des complications. On gagne alors sensiblement en efficacité, les surprises s’enchaînent, le rythme et l’action s’accélèrent, tout comme les révélations, et l’horreur s’est peinte devant mes yeux et dans mon esprit. Ce, jusqu’à l’ultime page qui m’a estomaqué. Je dois avouer que même avec ma folle imagination et deux, trois éléments pour lesquels je n’étais pas loin d’avoir deviné, j’ai tout de même été agréablement surpris et choqué par la tournure des évènements. L’aspect mièvre qui était présent dès le départ disparaît totalement pour ne laisser place qu’à la folie et ce contraste renforce à mon sens l’impact du dénouement. Quant à la conclusion, plus surprenante encore que ce fameux twist scénaristique, je m’incline et salue le courage de l’auteure. Tous ne l’auraient pas proposé et je l’ai trouvé fascinante, accrocheuse et originale. Une fin marquante, qui restera dans ma petite mémoire de lecteur, du bon travail donc.

Par contre, autant l’intrigue a su me séduire malgré quelques défauts, autant d’autres éléments composant Intrusions auraient mérité d’être approfondis. D’abord les protagonistes. Certes, ils servent parfaitement l’histoire, chacun ayant au final un rôle bien précis dans ce joyeux bordel. Mais certains dialogues auraient gagné à être un poil plus intéressant, et surtout, je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages. Certains m’ont paru insipide, à l’image de KC et Denise. Même les deux héroïnes, Terry et Alison, pourtant bien plus développées que les autres ne m’ont pas réellement scotché. Ce n’est peut-être pas le genre de lecture permettant d’apprécier grandement les personnages, mais j’ai connu mieux. J’adresse un reproche similaire au récit : trop court, un meilleur équilibrage entre sa première et seconde partie aurait été appréciable. L’intrigue en elle-même est particulièrement délimitée, on ne s’éloigne jamais de la trame principale et j’aurais aimé en savoir bien plus sur l’héroïne et Alison. D’ailleurs après avoir bouclé ma lecture, de nombreuses questions continuaient de me trotter en tête… Rageant, lorsque l’on souhaite tout savoir.

   En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman à suspense. D’abord accompagné d’un ton très léger à l’accent parfois mièvre, la route vers l’inéluctable se fait lentement mais surement jusqu’à aboutir à un twist réellement surprenant, savoureux… Et horrible ! Un retournement attendu mais si loin de ce que j’avais imaginé qu’il me laisse pantois et songeur. Malgré tout, le récit souffre de nombreux petits défauts, notamment son rythme mal équilibré, sa relative durée et son manque de profondeur, me laissant sans réponse par endroit. Par conséquent, je considère l’ensemble bien en deçà des ténors du genre et je recommande Intrusions aux amateurs du genre, à la recherche d’une certaine originalité.

Ma note : 15/20

A noter que ce livre a aussi été édité en France sous le titre Jardin Secret.

jardin secret joy fielding

[Chronique] Gataca de Franck Thilliez

gataca franck thilliez

Fiche technique du livre
Auteur : Franck Thilliez
Genre : Thriller
Année d’édition : 2011
Edition : Fleuve noir / Pocket
Prix : 8,40 euros
Langue : Française
Nombre de pages : 603 pages

Synopsis
Quel lien entre onze psychopathes gauchers et l’homme de Cro-Magnon ?
Alors que Lucie Henebelle peine à a se remettre de ses traumatismes, l’ex-commissaire Sharko se voit relégué à des enquêtes de seconde zone. Telle la découverte du corps de cette jeune scientifique, battue à mort par un grand singe.
A nouveau réunis pour le pire, les deux flics plongent aux origines de la violence, là où le génome humain détermine son avenir : l’extinction.
Bienvenue à Gataca.

Mon avis
Après la claque Fractures et le syndrome [E], il était temps pour moi de confirmer à nouveau le génie de Franck Thilliez. Un nouveau livre « parfait » ?

   L’intrigue se met doucement en place par rapport aux précédents Thilliez. Il prend le temps de poser les bases de son histoire mais aussi de faire le lien avec son précédent livre, Le syndrome [E], où l’épilogue laissait craindre le pire. Chacun de leurs côtés, un an après, on retrouve donc Lucie Henebelle et Sharko pour leur second tome en commun. Lucie a quitté la police et est repartie vivre à Lille tandis que Sharko, qui s’était promis de tout stopper, travaille plus que jamais, sur le terrain, à Paris. Que s’est-il donc passé durant cette année pour arriver à cette situation ? Très vite les explications arrivent, mais personne n’a le temps de les digérer. Hurault, criminel sorti récemment de prison et connu de Sharko est retrouvé mort. Mais une erreur professionnelle conduira l’ancien commissaire à être affecté à une nouvelle équipe et à enquêter sur le meurtre d’une jeune chercheuse, Eva Louts, meurtre commis par un… Gorille. Dans le Nord, tout n’est pas simple non plus pour Lucie qui apprend une nouvelle choc, une nouvelle qui menace tout ce en quoi elle croit. En quête de réponse, elle part seule mener son enquête et retrouve ses instincts de flic.

    Le thème choisi cette fois par Thilliez dans ce diptyque consacré à la violence est l’Évolution dans toute sa splendeur. La sélection naturelle, l’évolution de l’Homme de Cro-Magnon pour devenir ce qu’il est aujourd’hui, l’influence des gènes et de l’ADN sur le comportement humain sont autant de sujets abordés. Très, très documenté, c’est un véritable voyage scientifique, biologique voir historique que nous offre l’auteur. La latéralité d’un individu est-elle signe d’une violence prédisposée plus importante ? Une toile se tisse au fur et à mesure des révélations et ce qui est décrit est tout simplement dingue, d’autant plus que beaucoup d’éléments présents sont vrais. Bref, un thème fascinant que j’ai adoré.

   En ce qui concerne les personnages c’est un réel plaisir de retrouver Lucie et Sharko. Je les trouve tout deux, absolument intéressants, attachants et passionnants. On ne peut jamais être sûr de rien avec ces deux là tant le fardeau qu’ils portent les conduit à avoir un comportement particulier et sombre. J’ai suivi avec intérêt l’évolution de leurs relations, leurs interactions, leurs histoires. Un beau couple dans le monde du thriller, assurément.

   L’intrigue principale, je dois l’avouer, m’a assez déçu. Bien entendu, étant fan de mes deux précédentes lectures de l’auteur, j’attendais beaucoup de Gataca, d’autant plus que c’est la suite du Syndrome [E]. Cela commençait pourtant bien et de manière originale ! Rapidement j’ai eu une impression de lenteur dans le récit auquel Thilliez ne m’a pas habitué. Certains chapitres, pourtant courts, cassent trop sèchement le rythme développé en étant trop documenté, hypothétique. Trop de questions sont répétées, parfois deux pages plus loin ce qui provoque un sentiment de remplissage un peu frustrant. De même, disposant d’un thème complexe et excessivement présent, au point d’éclipser le côté thriller, l’auteur offre de nombreuses explications, peut-être pour ne pas perdre son grand public, mais ce faisant insiste trop et laisse apparaître de façon assez grossière des résumés de tout ce qui a été dit de manière simplifiée. De gros points noirs qui viennent gâcher certains passages sacrément intéressants mais dont le soufflet retombe trop vite.

   De plus, pour peu que l’on suit bien l’histoire, les indices présents conduisent trop rapidement à comprendre ce qui va se produire. On a ainsi bien peu de surprises et c’est d’autant plus frustrant que l’auteur manipule d’ordinaire les rebondissements avec une incroyable efficacité. Par conséquent, j’ai trouvé la fin en demi-teinte. De une parce que le dénouement arrive brusquement mais aussi parce qu’il était attendu et pas palpitant. De deux, il n’y avait pas ce point culminant de suspense, ce point qui vous pousse à dévorer un thriller et à passer une nuit blanche. Au final, j’en retiens plus ce que j’ai pu apprendre sur la génétique et la sélection naturelle que l’histoire développée. Maigre consolation : l’épilogue très bon où l’on se prend à imaginer le futur de nos deux flics.

   En conclusion, Gataca est un bon livre avec lequel j’ai passé un agréable moment de lecture. Thilliez se démarque une fois de plus des autres auteurs en abordant un thème complexe : l’Évolution et la sélection naturelle de manière très complète et documentée. Fascinant, j’ai adoré en apprendre autant sur la science et de nombreux points abordés font réfléchir ; on en ressort grandi. Malheureusement, j’ai eu le sentiment que cela se faisait au détriment de l’intrigue principale et de l’aspect thriller, trop souvent en retrait et au rythme haché, la faute à des explications un poil trop longues, voire une surexploitation du thème. Un mauvais équilibrage et trop peu de rebondissements, souvent découverts 100 pages auparavant, qui m’ont au final beaucoup frustré. L’auteur se rattrape néanmoins grâce à son duo de choc, Lucie et Sharko, absolument attachants, mais cela ne suffit pas !

Ma note : 14/20