[Chronique] Les Hauts Conteurs, tome 2 : Roi Vampire de Patrick McSpare et Oliver Péru

hauts conteurs
Fiche technique du livre
Auteur : Oliver Péru & Patrick McSpare
Genre : Fantasy – jeunesse
Année d’édition : 2011
Edition : France Loisirs / Pocket
Prix : A partir de 7,90€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 367 pages

Synopsis
Paris, hiver 1190.
Débarqués au cœur de la plus grande ville du Monde connu, le jeune Roland, Mathilde, Ruppert et Salim poursuivent un double but: retrouver William le Ténébreux, l’ami disparu, et découvrir les secrets de Vlad, le maître vampire. Ce démon est-il réellement mort dans les forêts anglaises, ou attend-il son heure pour frapper encore ? Pire encore, un traître se cache-t-il parmi les quatre aventuriers, comme tout semble l’indiquer ? Happés par le tumulte populaire de la Fête des Fous, Roland et ses compagnons vont croiser nombre d’individus pittoresques.
Cérémonies noires, complot royal, créatures infernales, prophéties du Livre des Peurs, tous les ingrédients d’un mélange fatal sont réunis pour sceller le sort de nos héros. Pourtant, ils sont des Haut-Conteurs et ne reculeront pas, jusqu’à vaincre ou périr. Roland « Coeur de Lion » en tête. Le Mal rôde, la mort avance masquée. C’est la fête des ombres, c’est la fête des fous !

Mon avis
Sans avoir été le livre de fantaisie du siècle, j’avais une certaine hâte à retrouver les Hauts Conteurs et certaines qualités propres à la série. Ce second tome confirme-t-il cette première bonne impression ?

   L’ouverture se fait efficacement avec un début qui sait nous placer intelligemment dans un nouveau contexte -ici le dialogue entre Corwyn et Roland quelques temps après les aventures du premier tome- tout en offrant des rappels (nécessaires dans mon cas) sans vraiment ennuyer. Roland, à présent officiellement Haut Conteur, séjourne à Londres en compagnie de Mahtilde la Patiente, son mentor, et s’apprêtent tous deux à rejoindre Paris, alors ville la plus grande au monde pour une enquête plutôt mystérieuse. En parallèle, on suit le récit du point de vue de William le Ténébreux, alors sur les traces de Vlad, le fameux upyr rencontré précédemment, mais aussi de Mots-Dorés, alias Lothar le Noir Parleur, personnage énigmatique mais redouté.

   Après cette mise en bouche réussie et jusque la seconde partie du livre, j’ai tout de même trouvé qu’il y avait un petit manque de rythme. La traque du ténébreux manque de piquant et les actions décrites sont plutôt fades. Peut-être doit-on cela au fait que notre duo d’auteurs place progressivement de nouveaux éléments dans son intrigue mais je dois admettre que la mayonnaise a eu du mal à prendre. En fait durant cette centaine de pages, les personnalités des personnages, Roland et Mathilde compris, apparaissent trop en retrait à mon goût. Au mieux quelques traits de caractère ressortent mais la profondeur de leur psychologie s’arrête là. Toutefois, cette désagréable impression a su s’estomper aux alentours de la page 160 et ce jusqu’au final, grâce à une action quasi ininterrompue et un enchaînement de révélations et de moments forts. Cela ne signifie pas pour autant que l’on en ressort avec des protagonistes extrêmement développés, mais il se produit suffisamment d’événements les mettant en valeur pour qu’ils gagnent en estime et me plaisent.

   Outre Mathilde et Roland que j’apprécie beaucoup, ce second tome peut compter sur la présence de nouveaux personnages différents et assez captivants. Il y a Salim déjà, dit l’Insondable, un Haut Conteur particulier pour qui mon capital sympathie n’a fait que croître durant ce tome. Et promis, ce n’est pas parce qu’il s’appelle Salim ! Mystérieux à bien des égards, l’Insondable porte bien son surnom et semble savoir agir comme il le faut dans n’importe quelle situation. L’envie d’en savoir plus était si présente ! Même si l’auteur reste assez en surface, j’ai aimé suivre son évolution et lui découvrir un côté très humain. Autre personnage qui a su me plaire, bien que moins présent, est Hugues de Clairmont. La dualité de sa personnalité en fait quelqu’un d’intéressant. On sent qu’il cache des choses et on alterne entre homme réfléchi, sérieux et personnage poilant, dont les répliques tournées vers la dérision font mouche.

   Pour en revenir à l’intrigue, malgré un passage ennuyeux énoncé ci-dessus, je la considère d’une manière générale agréable. L’aspect jeunesse ne s’est pas fait ressentir lors de la lecture et continue de ne pas se montrer présent pour mon plus grand bonheur. L’histoire adopte ainsi un point de vue globalement adulte, ce qui colle avec les événements racontés. De même, on retrouve ce mélange d’éléments historiques réels avec un Paris du XIXème siècle très bien décrit et un aspect fantaisiste / polar propre à la série. Un parti pris des auteurs qui a ses avantages et ses inconvénients. Cela permet une histoire riche en action, rythmée et peuplée de petits rebondissements mais le développement de l’univers se fait lentement, et surtout faiblement. Ce n’est pas avec ce second tome que l’on apprend l’origine et l’Histoire de l’Ordre, ou même de simples éléments sur les personnages principaux telle que Mathilde. C’est d’autant plus dommage que ce genre de petits éléments pourrait apporter une certaine sensibilité au livre, le rendre plus attachant, et par conséquent l’amener à un niveau plus élevé.

   Puisque je suis au chapitre des reproches, la tournure des événements m’a aussi déplu dans un premier temps. Avec ce tome, les auteurs tentent d’amener les aventures des Hauts conteurs à un niveau plus global. On sort des affaires de l’Ordre pour toucher (de loin) aux intrigues de cour. Ainsi, on rencontre de nombreux nobles et une certaine trame politique est mise en place. Soit. Par contre la transformation de Vlad, upyr, en tant que roi vampire m’a paru peu crédible. Cela signifie que dans le premier tome on rencontre déjà une créature ultime alors qu’elle n’a jamais été présentée comme telle et que surtout, au vu de la sévère dérouillée subie, impressionne peu. Forcément, dans un second tome, j’attends une montée en puissance, et donc un ennemi plus redoutable, non l’apparition de sous-fifres…

   Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir car l’ensemble est bel et bien plaisant. De plus, les auteurs prennent le soin de conclure le tome comme il se doit en apportant une fin qui m’a satisfait. Beaucoup de réponses nous sont apportées, me permettant de fermer sereinement le livre, tout en ayant envie d’en apprendre davantage avec la suite.

   En conclusion, le second tome des Hauts-Conteurs confirme à mes yeux mes premières impressions sur la série. Intéressante, très rythmée et aux multiples scènes d’actions parfaitement décrites, j’ai parcouru le récit concernant le Roi-Vampire avec plaisir. Empruntant quelques codes du polar mais toujours fantaisiste, le scénario se révèle convenu mais efficace, avec ce qu’il faut de rebondissements pour relancer régulièrement l’intrigue. Toutefois, en dehors de certains petits défauts très subjectifs, je déplore le manque de développement de l’univers et surtout des personnages, bien trop lisses, et ce, malgré une légère évolution vers la fin me poussant à apprécier Roland, Mathilde et Salim. Néanmoins, l’Ordre des Hauts-Conteurs conserve encore trop de secrets mais je me réjouis du final laissant entrevoir une suite riche en révélations et nouveautés.

Ma note : 15,5/20

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[Chronique] Les Hauts-Conteurs, tome 1 : la voix des rois de Oliver Péru et Patrick Mc Spare

les hauts-conteurs-voix-rois

Fiche technique du livre
Auteur : Oliver Péru & Patrick Mc Spare
Genre : Fantaisie Jeunesse
Année d’édition : 2010
Edition : Scrinéo / France Loisirs
Prix : de 7,60€ TTC à 14,90€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 317 pages

Synopsis
1190, Tewkesburry, royaume d’Angleterre. A treize ans, Roland ne rêve que de voyages, de chevalerie et d’aventures. Seulement ses parents ont besoin de lui pour tenir l’auberge familiale. Il ne connait le monde que par les gens de passage, et son meilleur ami, l’ennui, semble bien décidé à lui gâcher son existence.

La venue d’un Haut-Conteur au village va tout changer. Le prestigieux chasseur d’histoires et d’énigmes enquête sur les mystères de la forêt de Dean et sur les goules qui s’y cachent. Il ne craint pas les croque-cadavres et s’enfonce seul dans les ténèbres, nuit après nuit… mais un matin, il ne revient pas.

L’histoire a-t-elle mangé celui qui aurait dû la raconter ? C’est ce que va tâcher de découvrir Roland… et peut-être deviendra-t-il lui-même Haut-Conteur ?

Mon avis
Enfin, Oliver Péru fait son entrée dans les auteurs que j’ai lu. Oui c’est en grande partie de la faute de Satine’s Books ! Oui l’auteur a su jouer la carte du personnage qui porte mon prénom ! Et oui, le résumé me donnait furieusement envie !

   Ce premier tome des Hauts-Conteurs démarre de manière assez classique, voir simpliste. Nous sommes à la fin du XIIème siècle, dans une petite bourgade de l’Angleterre et l’on suit la vie de Roland, jeune garçon de 13 ans. Fils d’aubergiste, son père voit en lui, son aîné, l’homme idéal pour hériter de l’auberge familiale. Ainsi, Roland aide chaque jour ses parents à préparer, servir et satisfaire les habitants du coin. Parfois quelques voyageurs se présentent, et lorsqu’il s’agit de Hauts-Conteurs on peut être sûr que la soirée sera épique. Encore plus quand le « Flamboyant » disparaît quelques jours après son passage… Roland, bien décidé à vivre ses rêves d’aventure, part mener l’enquête et verra sa vie bouleversée…

   Comme vous pouvez le constater, on est clairement en présence de quelque chose de très classique dans le domaine de la fantaisie. Hélas, ce premier tome ne sort jamais réellement des sentiers battus, et si l’on excepte quelques trouvailles scénaristiques intéressantes, l’ensemble se révèle du début à la fin trop peu original. Je salue néanmoins les quelques rebondissements assez bien trouvés ainsi que le twist final que je n’avais pas vu venir du tout ! Une bonne surprise qui m’a fait plaisir et tend à me prouver que les auteurs ont du potentiel.

   Heureusement, Les Hauts-Conteurs peut compter sur de nombreuses qualités pour éclipser, à défaut de gommer entièrement, ce défaut. A commencer par une écriture et un rythme vif et très fluide. C’est simple, j’ai été plongé dans le récit dès les premières pages, ce qui est très rare, surtout en matière de fantaisie où l’histoire est en général longue à se mettre en place. Ici, rien qu’en lisant l’extrait disponible sur le site de France Loisirs, j’ai réussi à me plonger dans cet univers et je souhaitais poursuivre ma lecture au plus vite. Les Hauts-Conteurs ne s’embarrasse pas de fioritures. Les auteurs vont à l’essentiel, et bien souvent, l’action prime au dessus de tout. Rapidement, un changement de ton s’opère, et ce qui aurait pu se transformer en récit initiatique au sein de la vieille Europe prend des allures d’enquête policière fantastique axée jeunesse. Un bien étrange cocktail qui prend et qui a su me convaincre.

   L’univers choisi par le collectif d’auteurs fut une relative bouffée d’air frais. Étrange, lorsque l’on sait que la saga est basée sur des mythes bien connus, tel que les goules, les vampires où autre loups et que cela se situe en Europe. Mais peut-être est-ce là sa très grande accessibilité : au lieu de chercher à créer et expliquer quelque chose d’improbable et d’absolument nouveau afin de se démarquer, la bonne recette consistant à adapter les grands classiques que l’on aime tous constitue un excellent choix. Qu’il est plaisant de s’imaginer l’Angleterre ou Paris au Moyen-Âge infestés d’étranges créatures de la nuit ! Quel bonheur de revoir un vrai vampire, celui qui fait peur, le fils du Diable, comme celui que j’ai pu découvrir quand j’étais gamin ! Des éléments classiques mais qu’on côtoie si peu qu’il est bon de les retrouver. De plus, l’apparition des Hauts-Conteurs, Êtres entourés de légendes au savoir apparemment infini ajoute beaucoup de piment et j’ai hâte d’en savoir plus à leurs sujets.

   Quant à l’aspect jeunesse, assez présent, il ne m’a aucunement rebuté. Le récit est léger, jamais complexe ni ennuyeux et on a souvent le droit à quelques touches comiques qui m’ont fait sourire. Suivre les péripéties d’un jeune garçon de 13 ans n’est pas si dérangeant lorsque l’on remet les choses dans le contexte de l’époque : cela correspondrait facilement à nos 17, 18 ans d’aujourd’hui. La personnalité du monsieur est donc bien définie et même si c’est un peu cliché par moment, le tout est suffisamment bien conté pour être crédible. Puis, des leçons sont à en tirer : Roland apprend vite qu’être un héros n’est pas aisé et que cela a un coût. Les autres personnages présents sont aussi plaisants, notamment l’intrépide Mathilde de Beaumont que j’ai adoré et j’aime à penser que de grands secrets sont à nous révéler chez certains !

   Au rang des reproches, j’admets que même si le livre m’a plu, l’histoire utilise de nombreuses facilités. Globalement, le récit reste gentillet et la fin est expédiée assez rapidement. A aucun moment je n’ai pris peur pour les personnages. De même, de nombreux points sur l’univers mis en place auraient mérité d’être développés au profit de l’action omniprésente. A la fin de ce premier tome, trop d’éléments restent non abordés ou sans réponses et il manque aux Hauts-Conteurs une certaine complexité qui ébahit. De même en ce qui concerne les personnages. Bien que ceux-ci soient finalement peu nombreux, je n’ai pas eu réellement l’impression de les connaître à la fin de ce tome, si ce n’est dans les grandes lignes. Un équilibre description / développement de l’histoire / action est peut-être à rechercher ?

   En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture en découvrant ce premier tome de la saga des Hauts-Conteurs. Bien que l’histoire ne brille pas par son incroyable originalité, le tout est suffisamment bien conté et prenant pour m’emmener au bout de ces 300 pages en bien peu de temps. Plutôt drôle et jouant davantage sur une action très présente et de nombreux dialogues efficaces, c’est l’occasion de renouveler avec la fantaisie et le fantastique tel que je l’ai découvert en premier lieu. Un vent d’air frais qui me satisfait à l’heure où chacun rivalise d’invention pour développer son propre univers. Toutefois il reste du travail pour me conquérir davantage et je compte à présent sur notre duo pour étoffer leur saga sur plusieurs fronts afin de l’amener vers le coup de cœur.

Ma note : 15,5/20