[Chronique] Les Hauts-Conteurs, tome 1 : la voix des rois de Oliver Péru et Patrick Mc Spare

les hauts-conteurs-voix-rois

Fiche technique du livre
Auteur : Oliver Péru & Patrick Mc Spare
Genre : Fantaisie Jeunesse
Année d’édition : 2010
Edition : Scrinéo / France Loisirs
Prix : de 7,60€ TTC à 14,90€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 317 pages

Synopsis
1190, Tewkesburry, royaume d’Angleterre. A treize ans, Roland ne rêve que de voyages, de chevalerie et d’aventures. Seulement ses parents ont besoin de lui pour tenir l’auberge familiale. Il ne connait le monde que par les gens de passage, et son meilleur ami, l’ennui, semble bien décidé à lui gâcher son existence.

La venue d’un Haut-Conteur au village va tout changer. Le prestigieux chasseur d’histoires et d’énigmes enquête sur les mystères de la forêt de Dean et sur les goules qui s’y cachent. Il ne craint pas les croque-cadavres et s’enfonce seul dans les ténèbres, nuit après nuit… mais un matin, il ne revient pas.

L’histoire a-t-elle mangé celui qui aurait dû la raconter ? C’est ce que va tâcher de découvrir Roland… et peut-être deviendra-t-il lui-même Haut-Conteur ?

Mon avis
Enfin, Oliver Péru fait son entrée dans les auteurs que j’ai lu. Oui c’est en grande partie de la faute de Satine’s Books ! Oui l’auteur a su jouer la carte du personnage qui porte mon prénom ! Et oui, le résumé me donnait furieusement envie !

   Ce premier tome des Hauts-Conteurs démarre de manière assez classique, voir simpliste. Nous sommes à la fin du XIIème siècle, dans une petite bourgade de l’Angleterre et l’on suit la vie de Roland, jeune garçon de 13 ans. Fils d’aubergiste, son père voit en lui, son aîné, l’homme idéal pour hériter de l’auberge familiale. Ainsi, Roland aide chaque jour ses parents à préparer, servir et satisfaire les habitants du coin. Parfois quelques voyageurs se présentent, et lorsqu’il s’agit de Hauts-Conteurs on peut être sûr que la soirée sera épique. Encore plus quand le « Flamboyant » disparaît quelques jours après son passage… Roland, bien décidé à vivre ses rêves d’aventure, part mener l’enquête et verra sa vie bouleversée…

   Comme vous pouvez le constater, on est clairement en présence de quelque chose de très classique dans le domaine de la fantaisie. Hélas, ce premier tome ne sort jamais réellement des sentiers battus, et si l’on excepte quelques trouvailles scénaristiques intéressantes, l’ensemble se révèle du début à la fin trop peu original. Je salue néanmoins les quelques rebondissements assez bien trouvés ainsi que le twist final que je n’avais pas vu venir du tout ! Une bonne surprise qui m’a fait plaisir et tend à me prouver que les auteurs ont du potentiel.

   Heureusement, Les Hauts-Conteurs peut compter sur de nombreuses qualités pour éclipser, à défaut de gommer entièrement, ce défaut. A commencer par une écriture et un rythme vif et très fluide. C’est simple, j’ai été plongé dans le récit dès les premières pages, ce qui est très rare, surtout en matière de fantaisie où l’histoire est en général longue à se mettre en place. Ici, rien qu’en lisant l’extrait disponible sur le site de France Loisirs, j’ai réussi à me plonger dans cet univers et je souhaitais poursuivre ma lecture au plus vite. Les Hauts-Conteurs ne s’embarrasse pas de fioritures. Les auteurs vont à l’essentiel, et bien souvent, l’action prime au dessus de tout. Rapidement, un changement de ton s’opère, et ce qui aurait pu se transformer en récit initiatique au sein de la vieille Europe prend des allures d’enquête policière fantastique axée jeunesse. Un bien étrange cocktail qui prend et qui a su me convaincre.

   L’univers choisi par le collectif d’auteurs fut une relative bouffée d’air frais. Étrange, lorsque l’on sait que la saga est basée sur des mythes bien connus, tel que les goules, les vampires où autre loups et que cela se situe en Europe. Mais peut-être est-ce là sa très grande accessibilité : au lieu de chercher à créer et expliquer quelque chose d’improbable et d’absolument nouveau afin de se démarquer, la bonne recette consistant à adapter les grands classiques que l’on aime tous constitue un excellent choix. Qu’il est plaisant de s’imaginer l’Angleterre ou Paris au Moyen-Âge infestés d’étranges créatures de la nuit ! Quel bonheur de revoir un vrai vampire, celui qui fait peur, le fils du Diable, comme celui que j’ai pu découvrir quand j’étais gamin ! Des éléments classiques mais qu’on côtoie si peu qu’il est bon de les retrouver. De plus, l’apparition des Hauts-Conteurs, Êtres entourés de légendes au savoir apparemment infini ajoute beaucoup de piment et j’ai hâte d’en savoir plus à leurs sujets.

   Quant à l’aspect jeunesse, assez présent, il ne m’a aucunement rebuté. Le récit est léger, jamais complexe ni ennuyeux et on a souvent le droit à quelques touches comiques qui m’ont fait sourire. Suivre les péripéties d’un jeune garçon de 13 ans n’est pas si dérangeant lorsque l’on remet les choses dans le contexte de l’époque : cela correspondrait facilement à nos 17, 18 ans d’aujourd’hui. La personnalité du monsieur est donc bien définie et même si c’est un peu cliché par moment, le tout est suffisamment bien conté pour être crédible. Puis, des leçons sont à en tirer : Roland apprend vite qu’être un héros n’est pas aisé et que cela a un coût. Les autres personnages présents sont aussi plaisants, notamment l’intrépide Mathilde de Beaumont que j’ai adoré et j’aime à penser que de grands secrets sont à nous révéler chez certains !

   Au rang des reproches, j’admets que même si le livre m’a plu, l’histoire utilise de nombreuses facilités. Globalement, le récit reste gentillet et la fin est expédiée assez rapidement. A aucun moment je n’ai pris peur pour les personnages. De même, de nombreux points sur l’univers mis en place auraient mérité d’être développés au profit de l’action omniprésente. A la fin de ce premier tome, trop d’éléments restent non abordés ou sans réponses et il manque aux Hauts-Conteurs une certaine complexité qui ébahit. De même en ce qui concerne les personnages. Bien que ceux-ci soient finalement peu nombreux, je n’ai pas eu réellement l’impression de les connaître à la fin de ce tome, si ce n’est dans les grandes lignes. Un équilibre description / développement de l’histoire / action est peut-être à rechercher ?

   En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture en découvrant ce premier tome de la saga des Hauts-Conteurs. Bien que l’histoire ne brille pas par son incroyable originalité, le tout est suffisamment bien conté et prenant pour m’emmener au bout de ces 300 pages en bien peu de temps. Plutôt drôle et jouant davantage sur une action très présente et de nombreux dialogues efficaces, c’est l’occasion de renouveler avec la fantaisie et le fantastique tel que je l’ai découvert en premier lieu. Un vent d’air frais qui me satisfait à l’heure où chacun rivalise d’invention pour développer son propre univers. Toutefois il reste du travail pour me conquérir davantage et je compte à présent sur notre duo pour étoffer leur saga sur plusieurs fronts afin de l’amener vers le coup de cœur.

Ma note : 15,5/20

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[Chronique] Black stone, tome 1 : les magiciens de Corbeyran et Chabbert

blackstone tome 1

Fiche technique du livre
Auteur : Eric Corbeyran (scénariste) et Eric Chabbert (dessinateur)
Genre : Bande-dessinée : Fantastique
Année d’édition : 2012
Edition : Glénat
Prix : 13,90 euros
Langue : Française
Nombre de pages : 56 pages

Synopsis
Paris, en 1860. Nelson Staightback et Jenny Sullivan mettent fin à leur minable association avec Jean-Jacques Bonneteau pour tenter leur chance à Londres. Mais le maigre succès qu’ils parviennent à obtenir prend fin lorsque l’enfant qu’ils font monter sur scène pour faire mine de le faire disparaître se volatilise réellement… Avant de fuir la foule en colère, Nelson a tout juste le temps de repérer, dans la boîte où se trouvait le gamin, une pierre noire… Alors que ses anciens compagnons sont dans la plus crasses des galères, Nelson embarque sur un paquebot en direction des États-Unis, et réalise avec stupeur qu’il est désormais vraiment capable de faire de la magie…

Mon avis

Plutôt amateur en matière de bande-dessinée, je me suis laissé tenté par Black stone suite aux conseils de mon (ancien, snif) libraire favori.

Me rappelant le monde fantastique d’Oz sur bien des points tant ils commencent d’une manière similaire, le scénario de Black stone est au premier abord simpliste. Jean-Jacques Bonneteau vit de son métier de magicien. Accompagné de ses amis Jenny et Nelson, ils exercent tous ensemble des petits tours de magie dans les rues de Paris. Seulement, et comme dans Oz, la vraie magie n’existe pas et les spectateurs ne sont pas dupes. Après un énième échec, Nelson et Jenny, qui sont en couple, souhaitent passer à autre chose. Nelson a beaucoup d’ambition et a déjà une idée de spectacle qui pourrait l’emmener loin. C’est ainsi qu’il part exercer à Londres. Quelques pages plus tard, on peut apercevoir le couple réaliser son nouveau numéro dans un bar plutôt malfamé. Malheureusement pour eux, les choses tournent mal et ce qui était censée une tromperie finit par arriver. L’enfant, censé être resté dans la boîte, a réellement disparu et a laissé place à une étrange pierre noire. Nelson s’empresse de la récupérer et découvre ensuite que celle-ci lui permet de faire de la vraie magie… Et je m’arrêterai là ^^ !

Des similitudes avec le dernier Disney donc, mais seulement pour le début. Très vite on se rend compte ici que le récit est bien plus sombre et les personnages moins lisses qu’ils ne le laissaient paraître dans les premières pages. Les personnalités du trio principal sont très travaillées, en particulier celle de Nelson que je pense plutôt complexe et qui pourrait bien surprendre dans les tomes suivants. L’univers développé est intéressant car il mêle habilement le thème de la magie avec la (dure) réalité de l’époque. On peut apercevoir la montée en force du monde industriel et de ses grandes usines, le système judiciaire anglais du XIXème siècle ou tout simplement la vie des villes de cette période. Cette fidèle retranscription historique est d’ailleurs un point qui a su me séduire car j’apprécie toujours revoir ou apprendre divers éléments sur les époques passées.

Ces représentations sont bien entendu renforcées par l’excellent graphisme des dessins. Car le moins que l’on puisse dire est que Black stone sait attirer l’œil. Grâce à leurs formats, les bandes-dessinées ont la chance d’avoir parmi les meilleures couvertures de la littérature. Celle-ci ne fait pas exception, tant sa beauté a su retenir mon attention. Mais ce n’est pas tout. Les planches sont magnifiques et j’étais impatient de passer à la page suivante afin de découvrir la beauté de nouveaux lieux. Il y a une réelle précision dans le dessin qui m’a laissé pantois et j’ai souvent été obligé de regarder plusieurs fois chaque planche pour bien profiter de l’ensemble des détails affichés. Entre les figurants à l’arrière plan, les actions et précisions des personnages principaux en premier plan et par exemple les meubles en second plan, c’est simple, absolument rien n’est laissé au hasard. Un véritable travail d’orfèvre qui fait ni plus ni moins de Black stone, la plus belle BD que j’ai lu jusque là.

Toutefois, je me dois d’insister sur un point qui m’a quand même déçu. Je sais que le format et les habitudes éditorialistes veulent ça, mais j’ai trouvé au final ce premier tome bien maigre. Oui il s’agit d’une introduction, on y pose les bases de l’histoire, quelques doses de suspense et de mystère pour les prochains tomes, mais le tout m’a quand même laissé un goût de trop peu. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu, et je pense que Black stone possède pas mal de potentiel, mais en l’état je dois admettre que ce premier tome n’est pas suffisant pour me faire une réelle idée du titre. Les dernières pages laissent entrevoir de très bonnes choses pour la suite, j’espère donc que le second tome (prévu pour le mois de Mai 2013) va confirmer le potentiel de la série et me surprendre.

En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture avec ce premier tome de Black Stone. Ses dessins, absolument enchanteurs, retranscrivent à merveille l’époque, le XIXème siècle, et m’ont vraiment bluffé par leur qualité. Très introductif, l’histoire et ses personnages accrochent, tout comme les ultimes révélations du tome assez surprenantes. Cependant, j’ai vraiment besoin de lire le second tome afin de confirmer le potentiel, que je pense très présent, de cette série, car en l’état c’est trop court pour me faire une réelle idée.

Ma note : 13,5/20

PS : En bonus, voici deux planches tirées de ce premier tome. Pour mieux les admirer n’hésitez pas à agrandir.

planche 8 black stone Black-Stone--Tome-1--Planche-2