[Chronique] Comme deux gouttes d’eau de Tana French

comme deux gouttes d'eau tana french

Fiche technique du livre
Auteur : Tana French
Genre : Polar / Thriller
Année d’édition : 2009 (VF)
Edition : Points
Prix : 8,20€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 571 pages

Synopsis
Lorsque l’inspecteur Cassie Maddox est appelée sur les lieux d’un meurtre ; elle perçoit dans la voix de ses collègues une tension inhabituelle. Et pour cause : la victime lui ressemble trait pour trait, et porte des papiers au nom d’Alexandra Madison. Une identité que Cassie a inventée et dont elle s’est servie, voilà des années pour infiltrer un réseau de trafic de stupéfiants. Afin de démasquer l’assassin, les policiers de Dublin imaginent le plus dangereux des stratagèmes : prétendre qu’Alexandra a survécu a ses blessures et obliger Cassie à se faire passer pour elle. La voici qui intègre le : vieux manoir qu’Alexandra partage avec quatre amis, étudiants comme elle à Trinity College. Un lien étrange les unit : ils vibrent d’un même amour pour la littérature, d’un même refus de s’encombrer de leur passé. Dans ce huis clos où le moindre faux pas lui serait fatal, enfermée dans la peau d’une autre, l’inspecteur Cassie Maddox va servir d’appât…

Mon avis
Un synopsis plus que séduisant, m’intriguant dès que j’ai trouvé ce livre, enfoui dans les étagères du Book-off. Il n’en fallait pas plus pour qu’il arrive à la maison.

   Il y a toujours une légère appréhension à découvrir un nouvel auteur mais c’est une expérience qui apporte à chaque fois quelque chose. Tana French fait partie de ces belles surprises. Comme deux gouttes d’eau est un polar que je qualifierais comme étant original, selon mes critères en la matière bien sûr.

   Se déroulant en Irlande, pays bien choisi pour ses valeurs comportementales et rurales qui seront développées, l’histoire tourne autour de Cassie Maddox et du meurtre de Lexie Madison. Classique jusque là. Cassie est inspectrice aux violences conjugales et n’a en principe rien à voir avec ce corps retrouvé dans cette petite masure, non loin de Whitehouse. Pourtant, le physique de cette femme, et son nom surtout Lexie Madison, l’interpelle. Car en plus d’être un sosie quasiment parfait, Lexie Madison utilise une identité créée de toute pièce plusieurs années auparavant… par Cassie elle-même et son chef, lorsque cette dernière bossait en tant qu’infiltrée dans une affaire de drogue. Qui était vraiment Lexie Madison ? Qui souhaitait sa mort et a su si bien maquillé son crime ? Autant de questions qui vont pousser Cassie à reprendre sa casquette d’infiltrée et devenir Lexie.

   Rassurez vous, pour ceux qui pensent que cela est bien compliqué, c’est très bien amené et expliqué durant le déroulement. L’intrigue ne manque pas non plus de crédibilité et je me suis rapidement et entièrement immergé dans cette intrigue. Globalement, on pourrait la décomposer en trois grandes parties : la découverte du cadavre et la mise en place de l’infiltration, l’infiltration en elle même en huis clos et enfin le dénouement.
Là où Comme deux gouttes d’eau fait fort, c’est qu’il n’est pas seulement un polar d’infiltration, il y mêle aussi de manière très habile les éléments du huis clos et une enquête simple, mais non simpliste, autour d’un meurtre. N’y cherchez pas la conspiration internationale ou le serial killer au 100 victimes, vous ne le trouverez pas. Le charme réside ailleurs.

   La psychologie des personnages développée par Tana French est clairement l’un des points qui marque dans ce polar. Qu’il s’agisse du club des 4, de notre fameuse inspectrice ou même de l’équipe policière autour de l’affaire, tel que Mackey, chacun a bénéficié d’un réel soin, qui englobe à la fois un sérieux background servant l’intrigue mais aussi la constitution d’un réel caractère et comportement. L’impression de les connaître est palpable et je me suis très attaché à eux. Profond et empli de mystères, l’envie de les connaître davantage était dévorante. C’est donc un vrai coup de coeur que j’ai eu pour cette galerie de personnage, que j’espère vraiment retrouver dans un autre livre de l’auteure.

   Si je ne vous ai pas encore convaincu de mon attachement pour ce livre et de vous y intéresser, laissez moi terminer par cette fin très réussie. Savamment construite, répondant à toutes nos interrogations et points en suspens, elle se paye le luxe d’offrir un dénouement à chacun des personnages et de m’émouvoir par surcroît. Je ne préfère pas revenir sur les différentes émotions offertes par ce final, de peur de vous spoiler, mais elle est de celle qui vous laisse un goût étrange, poignant, refermant le livre avec regrets et m’obligeant à patienter avant de démarrer une nouvelle lecture.

   En conclusion, Comme deux gouttes d’eau est un véritable coup de cœur, un joyau surprenant, révélant ses multiples facettes jusqu’à sa toute dernière ligne. Polar doté d’une intrigue solide, très originale, et parsemée de rebondissements de plus ou moins grande intensité, j’ai été séduit par son concept de sosie infiltré en huis clos au sein de la belle maison de Whitehouse. Son final, inattendu, prenant et émouvant ; sa galerie de personnage, charismatiques, mystérieux et pourtant si attachants, et la superbe plume de Tana French sont autant d’ingrédients composant ce parfait cocktail. Une très belle découverte, assurément.

 Ma note : 18/20

[Chronique] Niceville de Carsten Stroud

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Fiche technique du livre
Auteur : Carsten Stroud
Genre : Thriller / Fantastique
Année d’édition : 2013 (VF) / 2012 (VO)
Edition : Éditions points
Prix : A partir de 8€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 525 pages

Synopsis
Niceville, tout droit sortie de la tradition du Southern Gothic, incarne le Sud, avec ses propriétés somptueuses, ses chênes festonnés de mousse espagnole et sa moiteur soporifique. Le seul problème, c’est que le Mal y vit beaucoup plus longtemps que les hommes. Plusieurs disparitions inexpliquées entachent la réputation du lieu, et celle du jeune Rainey Teague, littéralement volatilisé en plein jour devant la vitrine d’un antiquaire de la rue principale, vous donne la chair de poule.
A Niceville, il y a aussi des flics peu scrupuleux, des as de la gâchette qui dérobent des banques et descendent leurs collègues au fusil à lunette… Quand Nick Kavanaugh, policier hanté par son expérience de combat en Irak, et son épouse Kate, élégante avocate issue d’une des vieilles familles de la ville, décident de tirer tout cela au clair, ils n’imaginent pas dans quel enfer ils ont mis le pied.

Mon avis
En voilà une lecture intrigante. Sortant de mes auteurs fétiches, j’ai eu l’opportunité de découvrir Carsten Stroud dans le cadre de la sélection du meilleur Polar de 2014 des Éditions Points.

   Tout d’abord, vous remarquerez peut-être que le synopsis que je vous propose un peu plus haut ne correspond pas à la quatrième de couverture, mais au résumé du livre proposé par Livraddict. Des différences qui ont leurs importances. En effet, la quatrième de couverture vend le livre principalement comme étant du fantastique, ce qui est faux. Niceville possède quelques intrigues tournant autour du fantastique, et son univers en est légèrement teinté, mais le reste se situe bien dans le thriller, au style rappelant énormément Stephen King.
L’intrigue démarre par un prologue tournant autour de la mystérieuse disparition d’un jeune garçon, Rainey Teague, alors qu’il revenait tranquillement de l’école, de sa manière la plus habituelle possible. Rapidement, les enquêteurs, dont Nick Kavanaugh, inspecteur et vétérans des forces spéciales au passé plutôt lourd, découvrent que quelque chose est étrange, sans pouvoir réellement comprendre quoi. Où est donc passé Rainey Teague ? Ou se situe le mystère de sa disparition ? Quelques temps plus tard, changement absolu d’ambiance lorsque est commis le casse d’une banque par trois gars, tous différents mais tout autant cinglés. L’enquête est à peine commencé quand survient de nouveaux évènements à Niceville. Une chose est sûre : le calme n’y règne pas.

   Proposant une narration à la troisième personne, l’auteur nous propose de découvrir le point de vue d’un personnage précis par chapitre, ce qui permet en réalité de passer d’un fou à un autre avec une certaine aisance. Qu’on ne s’y trompe pas, le vrai héros ici, c’est la ville, pleine de mystères et véritable théâtre de l’inattendu. Les intrigues se multiplient et s’emmêlent aux quatre coins de Niceville et des rebondissements, souvent biens trouvés, font régulièrement leur apparition. Espionnage industriel, braquage énorme, histoires familiales, vengeance, évènements surnaturels, tout y est ! Les situations cocasses s’enchaînent, le tout porté par des dialogues et des descriptions mordantes. De même, le ton léger et amusant m’a immergé aisément dans le récit, la plume est fluide et les pages se parcourent facilement. Du tout bon de ce côté là.

   Je me suis aussi rapidement attaché aux personnages… C’est qu’ils ont du charme si on oublie le côté psychopathe ! Pour vous citer un exemple plus concret, j’ai eu l’impression de retrouver du Dôme de Stephen King. Que ce soit dans la narration, le style d’écriture ou même la manière d’enchaîner les situations les plus folles, j’ai eu le sentiment que l’auteur puisait son inspiration chez le King. Cela dit, ça n’a pas été un défaut pour moi car j’ai beaucoup apprécié ces aspects, qui donnent à Niceville du caractère et une certaine identité.

« J’ai pas l’intention d’aller raconter à qui que ce soit que mon coéquipier s’est fait mordre à la fesse par une greluche pas plus grosse qu’une perruche, si c’est ce qui t’inquiète. »

   Et heureusement, que Niceville bénéficie d’un certain cachet, car il en faut pour faire oublier cette pseudo-fin. En effet, autant prévenir, la déception peut vous guetter, en particulier lorsque vous attendez une fin digne de ce nom et que vous découvrez qu’il ne s’agit là que de la fin d’un épisode. Car ce que l’on ne sait pas au départ, c’est que Niceville est le premier tome d’une saga pensée comme une trilogie. Toutefois, globalement, chaque personnage et intrigue disposent tout de même d’une conclusion, clôturant les nombreux évènements ayant eu cours mais plusieurs éléments très importants restent sans réponse et le tout se termine par un énorme cliffhanger. Par chance, l’éditeur sait rassurer en offrant directement à la suite les premières pages de Retour à Niceville. Difficile de résister à la tentation, en particulier quand j’ai réalisé que cela reprenait exactement là où les choses s’étaient terminées…

   En conclusion, j’ai passé un agréable moment de lecture avec Niceville. Qu’il s’agisse de son étrange intrigue, plutôt folle et remplie de surprises, que du style d’écriture irrésistible de Carsen Stroud, voilà un roman qui ne manque pas d’atouts. A condition de savoir à quoi s’en tenir. N’attendez pas un pur roman fantastique, vous n’en trouverez que trop peu. Ne pensez pas dévorer un thriller policier haletant, le récit n’est clairement pas construit comme tel. Voyez-y plutôt une invitation à découvrir un OVNI distrayant aux influences diverses, un cocktail explosif où un braquage côtoie l’espionnage industriel et le surnaturel, une première pierre à une trilogie qui a clairement suffisamment de potentiel pour faire partie de ces belles découvertes et se démarquer.

Ma note : 15/20

In my mailbox (25)

“In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Pour le recensement des liens, il faut désormais aller chez Lire ou mourir.”

Bonjour à tous ! Cela fait longtemps que je ne vous ai pas proposé un In my mailbox… Au vu de mes dernières acquisitions, qui ne cessent de s’accumuler dernièrement, je pense qu’il est grand temps de partager mes nouvelles trouvailles, d’autant plus qu’elles sont nombreuses !

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20150208_192646 mailboxJ’ai donc craqué pour :

  • Dragon Age : l’empire masqué de Patrick Weekes, un roman basé sur l’univers fantaisiste du jeu-vidéo Dragon Age, produit par Bioware et dont la troisième itération est parue en fin d’année dernière. Pour ma part, j’ai juste terminé le premier, mais au vu de l’univers absolument immense développé, craquer sur ce livre me semblait une excellente idée, d’autant plus que le synopsis et les retours sont plutôt bons.
  • [Angor] de Franck Thilliez. Je rattrape enfin mon retard pour cette sortie. A l’origine, je pensais pouvoir obtenir un exemplaire dédicacé en allant aux apparitions de l’auteur dans le Nord, mais pour des raisons de planning, je n’ai finalement jamais pu pas m’y rendre… Pas de quoi m’empêcher de dévorer prochainement cette lecture que j’attendais vraiment énormément.
  • L’étoile de Pandore, tome 1 : Pandore abusée de Peter F. Hamilton. Je l’ai souvent répété sur le blog et dans mon entourage des années durant : je veux découvrir des romans de science-fiction. Mais imaginez, déjà qu’en fantasy, il a fallu attendre un  moment avant de bien pouvoir connaître les classiques et comprendre le genre, en SF c’est encore pire. Bref, Peter F. Hamilton me fait de l’œil depuis un moment et je saute le pas en tentant cette lecture.
  • Le puits des mémoires, tome 1 : la traque de Gabriel Katz. Enfin en poche, cette lecture fantaisiste me faisait vraiment envie depuis plusieurs années. Je vais enfin pouvoir me faire mon propre avis !
  • Bilbo le Hobbit de J.R.R. Tolkien, un cadeau d’anniversaire que je suis ravi d’avoir reçu. La nouvelle trilogie m’a grandement laissé sur ma faim, en particulier le dernier épisode que j’ai trouvé assez ridicule et au final peu approfondi pour un film si long. Ce cadeau tombe donc à point nommé puisqu’il va me permettre de savoir ce que j’aurais réellement du savoir sur cette œuvre.
  • Hunger Games, tome 3 : la révolte de Suzanne Collins, une acquisition un peu particulière que j’ai eu gratuitement grâce aux points France Loisirs. Particulière parce que je ne possède pas dans les deux premiers tomes et que je ne sais pas si je souhaite les lire… Pourtant après avoir vu la première partie de l’adaptation cinématographique de La Révolte, j’étais sûr d’une chose : je voulais savoir la fin. Un drôle de procédé à tester donc.
  • One Piece, tome 73 : l’opération Dressrosa S.O.P. de Eiichiro Oda, une non surprise si vous suivez la page facebook du blog puisque vous aurez compris que j’avais déjà dévoré ce tome. A voir si je produis une petite chronique à son sujet, c’était tellement rapide que je n’en ai pas gardé un souvenir indélébile.
  • La Reine Rouge, tome 1 : le prince des fous de Mark Lawrence, livre gentiment offert et dédicacé par l’auteur pour avoir organisé un concours sur le blog. Je veux bien faire ça tous les jours, sincèrement ! ;D
  • A toute épreuve de Harlan Coben, un livre que j’ai également reçu en cadeau. Je ne suis plus très à jour dans les aventures de Myron Bolitar (les dernières m’ayant énormément déçu) et je ne savais même pas qu’il avait maintenant un fils… ^^’ Ce ne sera pas une priorité donc, mais il peut valoir le coup.
  • Hokusai, d’un collectif d’auteur paru chez Larousse. Il s’agit d’un très beau cadeau que je choisis de vous présenter car il me fait très plaisir et qu’il a quand même sa place sur le blog puisque cela reste un livre. J’ai pu le feuilleter et pour l’instant, je suis soufflé par la qualité globale de l’ouvrage. Les illustrations, les explications, le papier, tout est d’un haut niveau et est très intéressant.

20150208_192739 mailboxEt vous, pour quel(s) livre(s) avez-vous craqué ?

[Chronique] Autre-Monde, tome 5 : Oz de Maxime Chattam

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Fiche technique du livre
Auteur : Maxime Chattam
Genre : Jeunesse / Fantastique
Année d’édition : 2012 (VO – VF)
Edition : Le livre de poche
Prix : 7,60 euros TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 456 pages

Synopsis
Cap sur l’Europe ! Pour tenter de vaincre Entropia, l’Alliance des Trois s’embarque pour le vieux continent. Objectif : mettre la main sur le Cœur de la Terre. Mais c’est un pays hostile qui les attend, où les Cyniks ont asservi les enfants. Obstacles, pièges, trahisons, les jeunes héros parviendront-ils à leurs fins ? Ou le chaos mortifère d’Entropia aura-t-il raison d’eux ? La quête de Matt, Ambre et Tobias est loin d’être terminée…

Mon avis
Après un quatrième tome qui me réconciliait grandement avec la série et la promesse d’un nouveau voyage palpitant, je ne pouvais être qu’impatient de démarrer Oz.

   Le quatrième tome était l’occasion de démarrer un nouveau cycle, centré autour de la découverte d’une étrange menace, un nouvel ennemi au nom d’Entropia. Le mystère reste grand, mais notre troupe préférée est repartie sur Eden afin de préparer ce qui s’annonce peut-être comme l’ultime voyage : traverser l’océan atlantique et rejoindre l’Europe. Un continent lointain pour ces jeunes Pans qui ne savent absolument pas ce qu’ils vont y trouver, n’ayant eu aucun contact avec le monde depuis la Grande Tempête. Pourtant, c’est peut-être leur unique chance de salut et il est nécessaire de tenter le tout pour le tout. Aidé par les Kloranpanphylles, Matt, Tobias et Ambre, accompagnés des petits nouveaux (Maya, Tania, Floyd et Chen), ont pris leur décision et vont aller de surprise en surprise, tant durant le trajet qu’à leur arrivée…

   Dans l’ensemble c’est un vrai plaisir de se plonger à nouveau dans cette saga. Je suis très attaché aux personnages, ces jeunes plein de bonnes intentions souhaitant œuvrer pour un meilleur monde (et leur survie). C’est un peu niais, je sais bien, et l’on pourra toujours reprocher à Monsieur Chattam de survoler ses personnages secondaires, mais mince, ces élans d’espoir sont comme un rayon de soleil : ils me font un bien fou. Puis, l’aspect jeunesse, présent, n’entrave en rien mon appréciation de cette lecture, puisqu’il ne gène pas l’apparition de moments sombres, presque glauques. C’est d’ailleurs amusant de constater les différences de ton entre quelques pages où l’on va enchaîner d’une blague de Tobias à une décapitation et l’envol d’une tête !

   A propos de l’intrigue en elle-même, l’idée de traverser l’océan et de découvrir l’Europe m’a particulièrement séduite. Scénaristiquement parlant, cela permet d’offrir des moments de surprises et de découvertes similaires aux deux premiers tomes, mes favoris jusque là, et c’est particulièrement grisant. Maxime Chattam développe ce nouveau cycle en apportant de nombreux éléments tout en conservant l’esprit aventurier qui fait le charme de Autre-Monde. La capacité de l’auteur à façonner son univers, inventer des mots est à saluer, tout comme sa plume, toujours aussi vive et prenante.

   D’ailleurs, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Mon premier sentiment quand j’ai fermé Oz fut « WOW ». Certes, il y avait de la frustration, mais le livre est construit comme une montée en puissance progressive pour déboucher sur un final explosif qui m’a scotché. Pourtant, au départ, ce n’était pas forcément gagner, le démarrage étant assez long. Puis, j’ai ressenti cette drôle d’impression. Celle qu’au fur et à mesure des pages, Maxime Chattam se rendait compte qu’il prenait trop son temps et que son histoire allait être trop longue. Le turbo a été enclenché, les évènements ont commencé à se succéder, les rebondissements sont venus en masse et ça a été tellement rapide que la conclusion m’a semblé même rushé.

   Ce qui constitue mon principal grief envers la saga et surtout ce tome. Que c’est plaisant, mais que c’est rapide… ! Clairement, Autre-Monde pourrait largement gagner en qualité si 200 pages supplémentaires étaient présentes. Elles permettraient de développer les personnages secondaires, adorables mais dont on connaît peu de choses au final. Les moments forts dureraient plus longtemps, de sorte à nous rendre réellement triste plus d’une page, au lieu d’enchaîner une folle course poursuite comme c’est le cas ici. L’intensité serait peut-être même plus forte et le livre aurait suffisamment de matière pour imposer une réelle claque. J’ai besoin de ces pages !

   En conclusion, Oz nous offre un tome plutôt bon, dans la veine qualitative des précédents. Arborant des tons jeunesses entrelacés de moment sombre, Maxime Chattam continue de me séduire avec cette saga au style simple mais à la fluidité exemplaire. L’Europe et l’océan atlantique sont deux parfaits terrains de jeux et les sensations de découverte liées à l’exploration sont toujours aussi fortes et plaisantes. Certains éléments de l’intrigue peuvent déplaire et je regrette que l’on reste trop souvent en surface mais ces défauts n’entachent en rien le caractère addictif de l’intrigue. Neverland, je te veux.

Ma note : 16/20

[Chronique] Le Trone de Fer, intégrale 5 de George R. R. Martin

trone de fer intégral 5

Fiche technique du livre
Auteur : George R. R. Martin
Genre : Fantaisie
Année d’édition : 2011 (VO) / 2014 (VF)
Edition : Pygmalion
Prix : 22,90 euros TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 1222 pages

Quatrième de couverture
Le volume 5 de l’intégrale du Trône de fer clôt provisoirement un chapitre important de cette saga désormais célèbre dans le monde entier grâce à la magnifique série télévisée qui a battu des records historiques d’audience. George R.R. Martin, scénariste et producteur au cinéma et à la télévision de nombreux films et feuilletons, est également l’auteur chevronné de cinq romans a succès. Le premier tome de la série Le Trône de fer (Game of Thrones), accueilli avec enthousiasme par la presse unanime aux États-Unis, a obtenu en 1997 le prestigieux prix Locus. Davantage qu’un cycle de fantasy, Le Trône de fer apparaît comme une saga romanesque digne des meilleurs feuilletonistes du XIXe siècle, une invitation à l’émerveillement et à l’aventure, narrant les luttes intestines pour le pouvoir que se livrent les grandes familles du royaume imaginaire de Westeros

Mon avis
Enfin. ENFIN ! Il est ENFIN possible de découvrir en France ce cinquième « intégrale » du Trône de Fer tel qu’il a été conçu par l’auteur. Fini les multiples découpages, Pygmalion propose désormais l’intégrale en grand format dans une édition plutôt soignée. L’attente en valait-elle la peine ?

   Si l’on en croit George R. R. Martin, l’histoire qu’il a développé pour le quatrième tome du Trône de Fer était si vaste qu’il devenait obligatoire de la découper en deux tomes. Ainsi naquit ce cinquième intégral, faisant la part belle aux oubliés du précédent. Jon, Lord commandant du Mur, Stannis et Mélisandre, Daenerys et son règne à Mereen, Tyrion Lannister, Theon Greyjoy, ou Schlingue pour les intimes, sont autant de revenants qui viendront exposer leurs problématiques suite aux évènements survenus dans le troisième tome et donc en parallèle aux faits du quatrième tome. Cependant, de nouveaux visages font aussi leur apparition tout au long de l’histoire et au final ce ne sont pas moins de 16 points de vue différents et donc protagonistes qui nous conteront la suite de l’histoire des 7 couronnes, bien que la majeure partie de l’intrigue se déroule en réalité en dehors de Westeros.

   L’occasion de constater à nouveau que l’univers développé par l’auteur est juste incroyablement riche, voir infini. C’est simple, pour un cinquième tome, je ne m’attendais clairement pas à découvrir autant de nouvelles choses, qu’il s’agisse de lieux, du folklore de chaque cité, de légendes. C’est autant agréable que parfois frustrant. En fait, il y a tellement d’informations que j’ai trouvé qu’on frôlait parfois l’indigestion, et que cela devenait fouillis. Pourtant cela ne m’avait jamais posé problème jusque là car les nombreux rebondissements soutenaient le récit mais cette fois ce ne fut pas le cas. Ce qui est d’ailleurs le plus gros reproche que je peux adresser.

   Cette fois, pas question d’espérer vivre de grands moments épiques, des trahisons ultimes et des décapitations impensables trois pages auparavant : l’heure est à la réflexion. Le royaume a subi de lourdes pertes, la situation générale est très loin d’être au mieux dans l’ensemble du pays et chacun essaie à sa manière de réfléchir au futur et à consolider ses bases actuelles. La psychologie des personnages est largement mise en avant et l’on découvre les doutes et les remords qu’ils ont au plus profond de leur âme. C’est ainsi que je me suis pris d’affection pour Selmy Baratheon, dit Ser Grand Père, ou pour de nouveaux visages. Néanmoins, la répétition n’est jamais bien loin, et si un protagoniste suit un certain code d’honneur à la page 100, vous pouvez être à peu près sûr qu’à la page 1100, celui-ci sera inchangé à la lettre près…

   On gagne donc en profondeur ce qu’on perd malheureusement du côté de l’action et de l’intrigue. Autant être honnête, il se passe peu de choses, chacun étant embourbé dans de menus détails de son petit côté du monde, ce si vaste monde. Les rares moments d’éclat où George R.R. Martin m’a scotché de stupéfaction se retrouve ainsi perdus dans le flot de petites intrigues subsidiaires. Ma plus grande déception revient à Tyrion Lannister, qui tout en restant un personnage fantastique et incroyablement drôle, propose l’intrigue la plus ridicule et ennuyeuse qui soit (oui, pire que Daenerys). Après ce qu’il a traversé et accompli, je m’attendais franchement à mieux.

   De même, j’ai eu du mal à comprendre l’étrange « timeline » suivie par l’auteur. Je pense comprendre que son but est que tout les évènements se rejoignent durant ce tome pour ne former plus qu’un sur l’échelle du temps, mais c’était très mal amené. Certains personnages font donc un retour éclair à compter de la moitié du tome, tel qu’Arya, dont la soudaine l’apparition m’a plus que dérangé. Seulement, avec deux petits chapitres n’apportant que très peu, on peut se questionner sur l’utilité de son retour, qui brise l’enchaînement créée jusque là. Peut-être aurait-il été plus appréciable de ne tout simplement pas les inclure ? Contre toute attente, ma préférence va largement vers le quatrième tome, plus cohérent, comestible, et dont les intrigues m’ont davantage tenues en haleine.

« Ils ne changèrent d’attelage qu’à trois reprises ce jour là, mais semblaient s’arrêter au moins deux fois par heure pour qu’Illyrio puisse descendre de la litière et pisser son content.
Notre seigneur des fromages a beau avoir la taille d’un éléphant, sa vessie est grosse comme une cacahuète, jugea le nain. »

   Ces multiples déceptions n’entachent toutefois pas mon respect pour la plume de l’auteur, qui utilise une palette de mots incroyable et en joue comme pas deux. Les citations faisant mouche sont plus que nombreuses et j’avoue avoir beaucoup rit face aux situations assez cocasses proposées. De même, la nouvelle traduction française ne gâche en rien le plaisir de lecture. Certes, elle n’est pas à mon sens au niveau de celle fournie par Monsieur Sola, dont le travail était incroyable, mais elle est reste de très très bonne facture et ne dénature pas le style précédemment créée.

   En conclusion, trop est parfois trop. C’est un réel plaisir que de se plonger à nouveau dans les frasques de Westeros et de ses cités libres, mais clairement, jamais la lassitude n’avait pointé autant le bout de son nez lors de la lecture du Trône de Fer. Incroyablement long, extraordinairement fouillé (voir fouillis) et complexe, l’univers développé par George R.R. Martin ne cesse d’impressionner par son immensité et sa richesse. Néanmoins, à trop vouloir démontrer ses talents d’auteur et sa maîtrise de l’intrigue, l’auteur a mis de côté les petits plaisirs que j’ai aimé vivre en tant que lecteur, tel l’enchaînement de rebondissements bien trouvés, les palpitantes intrigues. Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais n’escomptez pas vivre une aventure aussi trépidante que celles des précédents tomes : l’intrigue de la saga a à peine avancé. Maintenant que les pièces de l’échiquier sont en place, je n’ai plus qu’à attendre patiemment le sixième tome, qui a toute ses chances d’être explosif.

Ma note : 14/20