[Chronique] La ballade de l’impossible de Haruki Murakami

la ballade de l'impossible

Fiche technique du livre
Auteur : Haruki Murakami
Genre : Contemporain / Drame
Année d’édition : 1987 (VO)
Edition : Editions 10/18
Prix : A partir de 8,40€ TTC
Langue : Française
Nombre de pages : 445 pages

Synopsis
Au cours d’un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles: Norwegian Wood. Instantanément, il replonge dans le souvenir d’un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami, Kizuki, s’est suicidé. Kizuki avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l’aime aussi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît…

Mon avis
Voilà une lecture qui m’emporte loin, d’un style tout nouveau et d’un auteur qui l’est tout autant. Je dois cette découverte à Jacques (qui se reconnaîtra) et que je remercie infiniment pour ce merveilleux cadeau.

   L’histoire, se déroulant dans les années 60, nous conte le passé d’un jeune japonais, nommé Watanabe, âgé alors de 19 ans. Résidant à Tokyo dans un foyer pour homme, il fait ses études à l’université du coin, sans vraiment avoir de goût ou même de raison précise d’y être. La vie redémarre lorsque par hasard, il rencontre Naoko, un an après le suicide de son meilleur ami et du petit ami de celle-ci, Kizuki. Elle ne semble plus tout à fait elle même, et lui ne l’est peut-être pas entièrement non plus, mais un amour semble naître. Jusqu’à une fameuse nuit où tout bascule.

   J’ai vraiment été emporté par cette histoire, aux faits si simples et pourtant si cruels. Il faut savoir que ce livre traite de sujets difficiles, des choses de la vie. Les évènements sont parfois contés différemment mais la réalité est bien là : le suicide est le thème central, le choc psychologique vécu pour les amis proches, des adolescents se cherchant encore dans un monde qu’ils ne comprennent pas. La dépression et les maladies mentales y sont aussi abordées tout comme l’influence des relations amicales, amoureuses et physiques sur ces éléments. Le style d’écriture de l’auteur, très joli au demeurant, sait amener à tourner les pages facilement et réussit à instaurer un certain suspense. On se demande sans cesse quand l’on va découvrir ces fameux secrets que l’on nous cache, chose surprenante puisqu’on y parle de la vie comme elle est. Le mystère autour des personnages est palpable, notamment celui de Naoko.

   J’ai pris beaucoup de plaisir à faire leur connaissance, ces personnages d’une autre époque, aux autres mœurs au sein d’un pays dont la culture est si éloignée de la nôtre. Ils semblent à la fois si loin, par leur mode de pensée ou leur manière de communiquer et pourtant si proche dans ce qu’ils vivent.

   Le personnage de Watanabe est très particulier, intriguant. Il a tendance à peu s’exprimer, à laisser les conversations se faire sans intervenir. Je ne savais pas vraiment au départ ce qu’il pensait, et même quand il a commencé à s’ouvrir davantage, il est resté avare en détails. Pourtant on peut observer qu’il cherche à savoir, à comprendre, connaître ses amis autour. Je pense que tout est crée pour que l’on se fasse notre propre idée sur le personnage, déroutant à bien des niveaux. Mon sentiment était que la ligne entre les gens qui étaient « atteints » et ce qui ne le sont pas est finalement bien tenue, que peut-être Watanabe en faisait parti.

   Un point qui m’a en revanche étonné est la présence d’autant de scènes érotiques. Étrange. Alors qu’ils se parlent tous si peu et ont des problèmes de communication, leurs envies sexuelles sont très présentes et sont multiples. Je n’avais pas dans mon esprit cette image du Japon qui couche facilement, alors cela a été une vraie surprise. Au fil de la lecture je me suis demandé si ce n’était pas au final des preuves d’affection ultime, un moyen de réussir à communiquer aussi.

   J’ai apprécié découvrir cette histoire durant une époque du Japon qui m’est méconnue, lorsque que le pays est en proie aux émeutes étudiantes et à un changement de la pensée commune. Le fait d’être en présence de jeunes cherchant leur place dans cette société si vaste a été un plus.

   Une lecture plutôt triste, aux nombreux passages mélancoliques au goût amer, que j’ai eu du mal à refermer. La fin, volontairement abrupte et pleine de mystères m’a quant à elle, énormément frustré sur le coup. Je voulais tellement une réponse claire et j’étais tellement impatient de connaître le fin mot qu’elle ne pouvait me gêner. Forcément, je me suis mis à formuler plusieurs hypothèses, notamment celle-ci qui me semblait être la plus censée : Attention spoiler (surlignez le texte pour le voir)

Selon moi, il est possible qu’une coupure dans le temps a lieu à compter du moment où Watanabe dit au revoir à Reiko et le moment où il appelle Midori. Pour moi, l’intrigue tend à prouver à plusieurs reprises que Watanabe est un peu comme Naoko, et que sans réaliser qu’il est dépressif ou quelque chose s’est brisé en lui, il est devenu profondément déprimé par le suicide de son ami Kizuki, chose dont il ne se remet pas et ne se pardonne pas, d’où son repli sur lui même. Après le suicide de Naoko, un nouveau drame d’une grande importance lui tant elle semblait lui avoir redonner goût à la vie, seule Reiko existe encore et fait le lien avec cette partie de son passé. D’ailleurs, on peut penser qu’il est à l’aise avec elle, comme rassuré par ce lien, car ils finissent par coucher ensemble, ce qui était tous sauf pensable. Lorsqu’elle décide ensuite de partir pour le nord du Japon, inconsciemment il pète les plombs et subit un trou noir, le laissant erré au japon avant de retrouver le souvenir de Midori, qui lui demande alors où il se trouve, sans lui même savoir.

Ou alors, suite à l’écoute de la chanson Norvegian Wood des Beatles, il a eu un petit trou noir à sa sortie de l’avion. Pour fuir se souvenir qui continue de le ronger, il a appelé Midori, la femme qu’il aime.

   En conclusion, j’ai beaucoup apprécié découvrir le fameux Haruki Murakami avec ce titre, La Ballade de l’impossible. Des sujets simples, mais si complexes, menés d’une main de maître distillant le « suspense » comme il se doit et par une plume savoureuse. J’ai été happé par les évènements proposés et je dois admettre que je reste sur ma faim tant j’aurais aimé en apprendre encore plus sur Watanabe. De par les thèmes abordés (érotisme assez présent quoi qu’on en dit et le thème de suicide), je ne peux recommander cette lecture à tous. Toutefois, il s’agit d’un très beau roman, emprunt d’amour, de sexe, mais aussi d’une profonde mélancolie, celle dont vous ne vous débarrassez jamais vraiment, qui remonte à la surface au moindre signe, comme lorsque Novergian Wood des Beatles surgit.

Ma note : 16,5/20

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3 réflexions au sujet de « [Chronique] La ballade de l’impossible de Haruki Murakami »

  1. Je suis bien content que tu ai aimé se livre , et la façon dont tu as a parlé. Je n’ai pas aimé le personnage de Watanabe, sont manque de décision il hésite tout le temps, et regrette le peut qui décide.. Par contre j’ai adoré tout les personnages féminins, tous d’une très grande sensibilité.
    Merci de m’avoir remémoré de très bons souvenirs.

    • Ton retour me fait plaisir 🙂 J’espère avoir réussi à rendre un peu justice à ce livre. C’est une jolie découverte, à la fois dépaysante et pleine d’émotions. Certains passages m’ont carrément décroché un WOW de surprise !!
      Watanabe est vraiment quelqu’un de… bizarre. Je pense que son comportement et son manque d’attachement au jeu découle directement du choc qu’il a subi suite au décès de Kizuki et qu’il ne réalise pas dans quel état psychologique il se retrouve 😡
      Comme toi, j’ai adoré les autres personnages féminins, elles sont toutes au top et m’ont toutes laissé un petit souvenir, y compris la petite amie (que l’on voit peu) du grand tombeur.
      J’espère poursuivre ma découverte de l’auteur dès cette année en tout cas !

  2. Je n’ai lu que 1Q84 de cet auteur qui a l’air d’avoir une plume très particulière! Je retenterais bien, mais peut-être pas tout de suite et pas avec ce livre parce que des livres tristes, ça ne me fait pas trop envie en ce moment!

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